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Entretien avec le Prof. Jean Pierre Guengant, Directeur de recherche Université Paris 1 Panthéon

 Entretien avec le Prof. Jean Pierre Guengant, Directeur de recherche Université Paris 1 Panthéon

 « Les enfants constituent la richesse des pauvres, mais trop d’enfants les rend vulnérables »

« La Révolution contraceptive : une prospective démographique pour les pays du Partenariat de Ouagadougo ». Voilà le titre de la Communication présenté par Jean Pierre Guengant, chercheur universitaire, économiste et démographe, attaché à l’Université Paris, Panthéon Sorbonne, à la 4ème Réunion du Partenariat de Ougadougou. Dans cette interview exclusive, que L’Autre quotidien a réalisée en marge de la rencontre,  le démographe explique le concept de révolution contraceptive, les avantages de la transition démographique pour un pays comme le Bénin, s’il décide d’en faire un choix stratégique

Propos recueillis par Béatrice KOUMENOUGBO

L’Autre Quotidien : Prof. Guengant, Que faut-il entendre par la  révolution contraceptive ?

Jean-Pierre Guengant : La révolution contraceptive, c’est un concept qu’on trouve dans la littérature académique, créée depuis une trentaine d’années, qui correspond au passage d’une fécondité non maîtrisée à une fécondité maîtrisée, et qui se traduit, aujourd’hui, dans les pays comme la Chine, la Thaïlande, le Mexique, le Brésil, la Corée, quasiment tous les pays émergents, par l’utilisation des produits contraceptifs par 60 à 80% des femmes. Ce qui correspond à la reconnaissance de leurs droits en matière de santé de la reproduction tels qu’ils ont été reconnus à la Conférence du Caire, de Beijing et aussi par les Objectifs du développement durable, récemment adoptés.

Où se situent les neufs pays francophones de l’Afrique de l’Ouest appartenant au Partenariat de Ouagadougou par rapport à cette révolution contraceptive ?

Ils se situent en bas des performances. En moyenne, on peut dire qu’entre 10 et 15% des femmes utilisent les méthodes contraceptives dans les pays du Po (partenariat de Ouagadougou), contre 60 à 80% dans les pays émergents. Donc il y a un retard qui tient à un ensemble de facteurs. Les normes natalistes, le pouvoir des hommes qui imposent aux femmes non seulement d’avoir des enfants mais qui leur interdisent de sortir sans autorisation, et qui bien souvent décident si les femmes doivent aller se soigner ou pas en fonction des moyens.

Et puis, il y a un engagement des autorités et de la société civile qui est faible. Alors si vous circulez dans un pays comme le Bénin, ce que j’ai fait à de multiples reprises, vous voyez des panneaux pour la bière, le whisky, la téléphonie mobile, mais vous ne voyez aucun panneau ou très peu de panneaux sur la santé de la mère et de l’enfant. Vous verrez quelques panneaux sur le Sida mais sur la planification familiale et l’avenir des enfants, il n’y a quasiment pas de panneaux. Si vous voyez également au niveau de la presse écrite, le nombre d’articles consacrés aux enjeux de société que représentent l’autonomisation des femmes et leur libre choix, vous constatez qu’il y en a très peu.

C’est pareil au niveau des radios. Si vous regardez aussi les chansons des artistes populaires en Afrique, l’image de la femme projetée n’est pas une image positive. Il s’agit d’une image de la femme qui trompe, qui fait ceci ou cela. Mais la femme bonne mère de famille qui est autonome du point de vue financier etc. c’est un sujet qui n’est pratiquement jamais abordé dans les médias, ni dans les chansons, ni dans le folklore. D’où la persistance de normes finalement machistes, y compris chez les personnes qui ont un niveau d’étude relativement élevé.

Est-ce à dire que la révolution contraceptive pour l’Afrique n’est pas pour demain ?    

La Réunion du Partenariat montre qu’il faut des gens motivés, engagés pour que ces choses changent pour le mieux-être des femmes, des familles mais aussi des enfants. Si on regarde les problèmes qui se posent aux familles en termes de santé des enfants, de conditions d’accouchement, de scolarisation au niveau primaire et secondaire, ce sont des problèmes qui sont relativement importants. Alors justement, par rapport à cela, j’ai mentionné dans mon exposé qu’on a fait une réunion récemment à l’intérieur du Bénin et la réponse, c’est que les enfants constituent la richesse des malheureux. Oui, c’est la richesse des pauvres, mais c’est aussi le tracas et le mal de tête des malheureux, en matière de dépenses de santé et d’éducation. Trop d’enfants les fragilisent. C’est aussi un risque quand vous avez des enfants dont vous ne pouvez pas assurer l’éducation, que ces enfants deviennent,  comme l’a souligné quelqu’un, des voyous et gâtent votre nom ; et après, c’est vous  qui devez laver la honte parce que les enfants n’ont pas été à la hauteur des espoirs que vous avez mis en eux.

Lorsqu’on prend un cas de figure où les pays du Po amorcent la transition démographique avec la baisse de la fécondité et un autre cas où les tendances actuelles sont maintenues sans évolution, quelles seront les conséquences ?

Lorsque je prends le cas du Bénin, et c’est là où il y un choix stratégique, et d’ailleurs nous avons fait une publication là-dessus. Le Bénin a 10 millions d’habitants et 5 enfants par femme en moyenne aujourd’hui. Si cela ne change pas, à l’horizon 2050, le Bénin pourrait avoir 30 millions d’habitants, 3 fois plus qu’aujourd’hui. Si par contre, il y a une révolution contraceptive, un changement des mentalités,  une reconnaissance des droits des femmes, le Bénin pourrait avoir 20 millions d’habitants. Donc elle triplerait  dans le premier cas, et doublerait  dans le second cas.

Qu’il y ait 30 millions ou 20 millions d’habitants, cela dépendra des programmes qui seront mis en place et des changements de mentalités. Et comme je l’ai montré dans ma communication, le problème n’est pas que la population du Bénin soit à 20 millions ou à 30 millions d’habitants. Le problème, c’est quand et qu’est-ce qu’on fait pour satisfaire les besoins en santé, en aliment, en emploi de cette population.  

Lorsqu’elle croît plus vite, il est difficile de s’adapter. Lorsqu’on croît  plus modérément, ce qui peut-être le cas du Bénin, si c’est  la trajectoire qu’elle a choisie, en ce moment, la jeunesse du pays peut devenir un capital humain et un atout pour son développement. Mais si cette jeunesse du pays est tellement nombreuse et qu’on n’arrive pas à satisfaire ses besoins, en ce moment là, elle peut se révolter comme c’était le cas dans les pays arabes. Il y des choix stratégiques de société qui doivent être faits, consciemment au-delà des positions dogmatiques. Plaçons-nous dans le contexte actuel, évaluons les besoins, les aspirations des jeunes et essayons de penser aux générations futures et agissons en conséquence au niveau des autorités, de la société civile et des médias.

Quelles sont les mesures à accélérer pour que les pays du Po amorcent la transition démographique ?

Il faut accélérer la transition démographique et l’utilisation de la contraception. Mais pour cela, il faut tenir compte du contexte culturel de chaque pays. Ce n’est pas évident de dire c’est d’aller dans les villages, et de dire d’arrêter de faire les enfants. Avoir des enfants est un souhait légitime de chaque famille. Ce qu’il faut dire, par contre, c’est « vous allez avoir des enfants, quel avenir leur voyez-vous ? ». « Est-ce que vous voyez l’avenir des enfants dans les champs, est-ce que vous voyez cet avenir comme vous l’avez vécu et que vos parents ont vécu ? ».

« Vous-même, en tant que femme, à partir du moment où vous avez un certain nombre d’enfants, qu’est-ce que vous voulez en faire ? »  Parce que vous, en tant qu’être humain, vous avez aussi des aspirations, vous avez besoin de travailler, de moyens pour vous-mêmes et d’assurer le nécessaire aux enfants que vous avez eus. Donc c’est une transformation globale nécessaire, et en profondeur, qui doit mobiliser de larges segments de la société.

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