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Entretien avec jean-François Kobiané, président sortant de l’Uepa : « Le dividende démographique n’est pas une panacée. C’est une opportunité »

Président sortant de l’Union pour l’étude de la population africaine  Uepa, et directeur de l’Institut supérieur des sciences de la population de l’Université de Ouagadougou, Jean-François Kobiané, dans cet entretien accordé à Sikka Tv et L’Autre Quotidien explique comment le dividende démographique représente une opportunité pour l’Afrique et insiste sur le fait qu’il ne s’agira pas de calquer les modèles d’autres pays mais plutôt de contextualiser le dividende en fonction des pays africains. Aussi explique-t-il comment la fécondité va baisser dans tous les cas surtout avec l’éducation des filles, un facteur important qui retarde leur entrée en vie reproductive. Jean-François Kobiané parle également de l’Uepa et des transformations institutionnelles opérées au cours de son mandat. Lisez plutôt !

Propos recueillis par Béatrice KOUMENOUGBO

De Décembre 2011 à Décembre 2015, vous avez été président de l’Union pour l’étude  de la population africaine, Présentez l’Uepa à nos lecteurs ?

L’Uepa a été créée en 1984, lors de la 3ème Conférence africaine des planificateurs, statisticiens et démographes en vue de promouvoir l’étude scientifique de la population et l’utilisation des résultats de recherche dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques de développement. C’est une union qui concerne toute l’Afrique et qui est bilingue. L’Union a pour organe l’Assemblée générale qui se tient tous les quatre ans lors de la Conférence africaine sur la population. Et elle a également comme organe un conseil qui est composé de 10 membres dont un président et un vice-président qui ne sont pas tous deux de la même communauté linguistique, un représentant de chacune des régions géographiques du continent africain, un trésorier, un secrétaire général et un éditeur en chef de la revue que l’Union produit régulièrement deux fois par an, qui est la revue de l’étude de la population africaine. Voilà en quelques mots ce qu’est l’Uepa.

 

Quand vous preniez les rênes de cette institution, quelles étaient vos ambitions ?

Précisons d’abord qu’au niveau de l’Union, on n’élit pas de président, on élit un vice-président qui fait quatre ans et devient président lors de la prochaine Conférence. J’ai été élu vice-président à Arusha en 2007 lors de la 5ème Conférence africaine sur la population. Lorsque je devenais président en 2011, c’était dans un contexte particulièrement difficile. L’Union faisait face à des difficultés énormes et donc nous avons avec les autres membres du Conseil opéré un certains nombres de changements. Il s’agissait de réduire les coûts de fonctionnement du secrétariat. Le secrétariat était composé de quatre personnes à temps plein. Ce qui faisait des frais de fonctionnement énormes en plus des frais de location. Dans un contexte où les capacités de mobilisation des ressources internes étaient difficiles, il fallait réduire le train de vie de notre secrétariat et nous avons pris la décision en Mars 2013 de mettre fin à ce mode fonctionnement du secrétariat et nous l’avions transféré au Ghana dans un institut qui est dirigé par le vice-président de l’Uepa. Nous avons désormais juste une assistance administrative qui assure la communication  avec les membres. Et c’est lorsque nous avons commencé l’organisation de cette conférence que nous avions recruté une coordonatrice pour appuyer le secrétariat. Ça c’est une transformation institutionnelle énorme car le coût de fonctionnement était à plus de 12 mille dollars par mois. Et l’autre action que nous avons posée par rapport à cette contrainte de mobilisation de ressources, c’est de renforcer nos propres capacités de mobilisation de ressources à l’interne. Une des difficultés que les membres de l’Uepa rencontrent c’est la possibilité de payer leur cotisation annuelle. C’était  assez compliqué malgré que nous ayons mis en place avec certaines banques un système sécurisé de paiement en ligne. Finalement, nous sommes arrivés avec l’Union internationale pour l’étude scientifique de la population à établir un partenariat qui permet aux membres de l’Uepa qui sont également membres de l’Union internationale de payer leur cotisation en ligne lorsqu’ils paient celle de l’Union. Ça a démarré l’année dernière et a permis de booster la collecte des cotisations annuelles surtout que nous avons beaucoup de membres qui sont à l’extérieur de l’Afrique. L’autre progrès c’est que dans nos statuts, nous avions prévu le statut de membre institutionnel qui n’a jamais été opérationnel. Ce qui a été fait avec ce conseil. Nous avons établi le coût de  l’adhésion pour les institutions et de la cotisation annuelle. Ça a permis de mobiliser des ressources à l’interne même dans nos institutions africaines. Voilà quelques changements que nous avons opérés au cours de notre mandat pour répondre au défi auquel on était confronté et j’espère que le nouveau conseil élu va continuer ces réformes institutionnelles pour rendre l’institution davantage crédible.

 

En dehors de ces changements institutionnels, sur le plan de la gestion de la population en Afrique, quelles ont été les avancés ?

Nous avons à l’Uepa, ce que nous appelons les panels scientifiques, ce sont des regroupements de chercheurs autour des thématiques d’intérêts pour l’Afrique. Nous avons mis en place en 2010 cinq panels et les résultats du fonctionnement des panels ont été plus ou moins mitigés. Mais il y a quand même des panels qui ont donné de bons résultats. Par exemple le panel sur l’étude de la fécondité en Africaine a produit un ouvrage qui été publié cette année sur les niveaux et tendances de la fécondité en Afrique. L’Autre élément c’est que les membres de l’Uepa sont souvent appelés dans les rencontres internationales pour apporter leur expertise. Par exemple, nous avons participé à la Conférence régionale organisée par l’Union Africaine, l’Unfpa sur l’Agenda post 2014 de la Cipd  (la Conférence internationale sur la population et le développement) qui s’est tenue en 2013 à Addis Abeba. Nous avons quand même aujourd’hui un certain nombre de résultats, de connaissances sur la population africaine. Et je pense  que la thématique qui a été choisi pour cette conférence est vraiment d’actualité et est très en lien avec la dynamique de l’évolution de la population du continent qui est caractérisée par une transition démographique qui met du temps à s’opérer même si la mortalité a commencé à baisser depuis des décennies avec les progrès de la science  mais malheureusement en terme de calendrier, la fécondité met du temps à baisser.

Mais, il faut le dire dans plein de milieu en Afrique, dans les villes, cette transition est entamée. A l’intérieur des pays, il y a des différences et d’un pays à l’autre, il y a des différences. Globalement, l’Afrique est dans cette phase où la population est très jeune et qui dans une ou deux décennies va se retrouver dans une tranche d’âge qui est celle de la population d’âge actif et sera dans une situation où elle sera proportionnellement plus nombreuse que les populations dépendantes. Ce qui devrait selon les expériences qu’on a vécu ailleurs ouvrir ce qu’on appelle une fenêtre d’opportunités et si nous mettons en place des politiques fortes et que nous améliorons nos pratiques de gouvernance en matière de politiques éducative, de santé, d’emploi, je pense que l’Afrique pourra saisir cette opportunité de sa dynamique démographique actuelle et future pour booster sa croissance économique et donc le développement.

 

Que pensez-vous de la position  des africains qui estiment que c’est une politique pour invalider l’Afrique étant donné que la main d’œuvre constitue une richesse pour l’Afrique et donc mettre l’accent sur la baisse de la fécondité est mal perçu par nombre d’africains ?

Ce qu’on peut dire c’est que pour que ce dividende démographique puisse se réaliser, le premier élément c’est qu’il faut ce changement par âge de la structure de la population qui interviendra parce qu’à un moment donné la fécondité va baisser. Mais ce que je tiens à dire c’est qu’il  y ait des politiques volontaristes ou non, avec les tendances actuelles, en matière d’éducation, de santé, tout naturellement, la fécondité va baisser. Cela fait partir du processus d’évolution des populations, parce que l’éducation et surtout celle des files  est un facteur important de changement de comportement. Plus les filles vont longtemps à l’école, plus elle retarde leur entrée en vie reproductive. L’école aussi nous expose à d’autres types de représentations par rapport à nos aspirations par rapport à la constitution de la famille, le nombre d’enfants où même l’éducation que nous voulons donner à nos enfants. Et donc la femme plus éduquer devient plus autonome, rentre sur le marché de l’emploi etc. Donc le discours qu’on doit tenir n’est pas forcément celui de limitations des naissances mais il faut faire remarquer que toutes les politiques de planification familiale constituent d’abord un élément de droit. Il faut dire qu’il y des femmes qui sont dans le désir mais n’ont pas accès à la contraception. En plus, c’est aussi un élément qui a un effet bénéfique sur la santé de la mère et de l’enfant. Je crois que c’est dans ce sens qu’il faut voir les choses. Et aussi, il faut préciser que le dividende démographique n’est pas quelque chose d’automatique. On peut avoir l’effet contraire si la transition n’est pas bien faites, si les préalables ne sont pas assurés. Ces jeunes qui vont venir dans la tranche d’âge actif dans une ou deux décennies, s’ils n’ont pas reçu une éducation de qualité... Observez en Afrique, notamment francophone la place qu’occupe l’enseignement technique et professionnel dans l’enseignement. Cette place est très faible. Est-ce que les jeunes arrivent à l’âge actif avec les compétences qu’il faut pour entrer dans l’âge actif ? Donc qu’il y ait changement dans la structure par âge ou pas, les réalités sont là, les défis sont là et il faut agir.

 

Dans cette conférence, il est apparu également que les pays qui ont fait des politiques volontaristes pour limiter les naissances par exemple ont eu d’autres revers. Qu’en dites-vous ?

Je crois qu’il est très important de préciser que le dividende démographique n’est pas une panacée. C’est une opportunité. C’est-à-dire que les pays ont une opportunité de booster le développement. Aussi, dans cette conférence, nous avons souligné qu’il faut apprendre des autres pays africains et des pays de l’Asie qui ont réussi à réaliser ce dividende mais cela ne veut pas dire qu’il faut calquer le modèle des autres. Car les contextes ne sont pas les mêmes. Il faut contextualiser la réalisation du dividende. A cet effet, il a été ressorti au cours de la conférence qu’il faut travailler beaucoup avec les instituts de recherche, les spécialistes au niveau local. Donc le dividende il faut le voir comme une opportunité de booster la croissance et il y a un élément important que ce soit en Asie ou ailleurs, c’est la bonne gouvernance. On insistera jamais assez la dessus, quelque soit les politiques mises en œuvre, si les ressources ne vont pas à ceux pour qui elles sont destinées, si il n’y a pas de pratique de réédition des comptes, d’évaluation de ces politiques, cela va poser un problème. Je crois que derrière le dividende démographique, il peut y avoir un certain nombre de positionnements idéologiques mais c’est à nous les spécialistes africains de savoir quoi en tirer de positif et voir comment le contextualiser et communiquer avec nos décideurs   en vue de promouvoir les bonnes politiques économiques et sociales pour la croissance.

 

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