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L'autre Quotidien - Journal béninois d’information, d’investigation, d’analyse et de publicité

L'autre Quotidien - Journal béninois d’information, d’investigation, d’analyse et de publicité

              De porte-parole de jeunes officiers excédés par l’impéritie de la classe politique de la première décennie de l’indépendance du Dahomey, Mathieu Kérékou  va  rapidement apparaitre comme  le véritable maitre d’orchestre d’un mouvement qui va bouleverser bien de lignes  dans la sous-région ouest africaine ; et au-delà. Le 30 Novembre  marque le début de cette évolution.

                                                                    Noël   ALLAGBADA     

 

 Les Béninois se préparent  à conduire à sa dernière demeure le  dirigeant politique qui  a occupé une place particulière dans l’histoire de leur pays, depuis son accession à l’indépendance le 1er Août 1960.  En effet, pour avoir été à la tête  de la République du Dahomey d’Octobre 1972 à Novembre 1975, puis de la République populaire du Bénin de Novembre 1975 à Février 1990, de la République du Bénin de Mars 1990 à Mars 1991, et enfin de la République du Bénin d’Avril 1996 à Avril 2006, Mathieu Kérékou  résume  dans sa personne l’histoire de l’évolution  de  trois décennies de son pays.

 Parcours exceptionnel  pour un homme que les circonstances  particulièrement  calamiteuses que vivait son pays,  dans la première décennie  de son indépendance,  ont   projeté sur la scène politique. Il va occuper  les  plus hauts  sommets de l’Etat  et exercera  le pouvoir  d’une manière  pour le moins atypique  pour la génération des chefs militaires dont il fait partie.     

    Dans le  flot  des hommages que ses compatriotes lui rendent depuis l’annonce de sa mort le 14 octobre 2015 , l’unanimité  est pratiquement faite- à l’exception notable  de ses irréductibles adversaires du Parti communiste du Bénin( PCB)- sur sa contribution remarquable  à l’instauration  de la démocratie dans  un pays qu’il a d’abord dirigé d’une main de fer  pendant près de deux décennies, et dont il  s’emploiera par la suite , après une traversée du désert de cinq années, à consolider le processus démocratique au cours de ses deux mandats  de 1996 à 2006.  

  Malgré ce parcours qui restera exceptionnel de par sa durée, on ne peut pas s’avancer à affirmer que  Mathieu Kérékou   laisse une  pensée politique élaborée à travers laquelle il serait possible aux analystes et autres observateurs de l’évolution   de l’histoire politique du Bénin de lui faire la juste place qu’il lui revient.  Beaucoup voient d’abord en lui, l’homme du 26 Octobre 1972, en référence au jour de son avènement au pouvoir, à travers  sa prise de parole pour annoncer la fin  du régime du Conseil présidentiel. Mais le  30 Novembre  doit être considéré comme le jour le  plus emblématique  de ses années de pouvoir au regard des faits et événements  qui ont fini par faire de cette date celle de la Fête nationale de 1975 à 1989.  Ainsi pendant 14 années, ce jour du 30 Novembre  a supplanté le 1er Août, jour de la proclamation de l’accession de la colonie du Dahomey à l’indépendance nationale. Et même si la Conférence nationale de Février 1990 a réhabilité, à juste titre, le 1er Août  comme jour de la Fête nationale, le 30 Novembre ne peut pas perdre de son importance historique  dans  la mémoire collective des Béninois. Et, par ricochet, les acteurs   des événements  marquants de cette date.  Au premier rang  de ces personnalités, figure incontestablement celui  à qui  les Béninois  se préparent à rendre des hommages grandioses du 9 au 12 Décembre prochain.

 

 

                                        Le nécessaire devoir de mémoire

  Si pour  nombre de Béninois -  surtout  les jeunes - le 30 Novembre  n’est associé à  aucun fait historique  digne d’intérêt, la disparition de Mathieu Kérékou  donne l’occasion  de revisiter cette date à travers  trois  événements  pendant lesquels  il a été  le porte-flambeau d’un peuple en lutte  pour assumer son destin dans le conteste  de ces années de combats pour l’affirmation de la dignité des Etats africains.

 Il y a eu d’abord le 30 Novembre 1972 et la présentation solennelle à la communauté internationale du Discours –programme de construction nationale  du Gouvernement militaire révolutionnaire (GMR). Avec le temps, et au regard  de l’évolution  politique du pays ces 25 dernières années , ce jour  est appelé à rester unique  dans la mobilisation et l’engagement  des intellectuels , les mouvements  et associations  de jeunes et de femmes , ainsi que les  organisations  syndicales  aux côtés  d’un gouvernement  en le dotant  d’un guide d’action. La rédaction du Discours-programme fut un véritable  tour de force politique, avec la  mise en place  de la « Commission nationale spéciale » dont  le travail  a recueilli l’approbation du GMR. En présentant le document  dont le contenu progressiste et anti-impérialiste a fortement retenu l’attention  au plan national et international, Mathieu Kérékou   a saisi l’occasion  pour donner des indications sur sa vision  du pouvoir et sur ce qu’on appelle de nos  jours la gouvernance.   Ceci dans  une improvisation  dont le contenu  garde encore toute sa profondeur. En effet, avant de présenter le texte officiel,  il a  choisi d’exprimer son adhésion au programme  à travers des mots et  des symboles qui peuvent être considérés aujourd’hui comme une philosophie politique  encore d’actualité.

  Il n’est pas sans intérêt de les rappeler en ces moments de souvenirs :

  «  La branche ne se cassera pas dans les bras du caméléon. Le Dahomey sera commandé et dirigé par le Gouvernement militaire révolutionnaire dans la sagesse et la dignité.

  Il y a beaucoup d’argent dans ton pays. Je ne te demande pas de me le donner pour des fins personnelles.

Je gagne quinze(15) francs par mois. C’est ma solde et elle me suffit.

 Je veux tout simplement que tu saches qu’il y a eu dans ce pays, trois personnes qui gagnaient chacune inutilement vingt cinq(25) francs par mois.

Désormais et pour compter du 26 Octobre 1972, les 75 francs resteront dans les caisses de l’Etat.»

 Au-delà des anecdotes  et autres traits d’esprit  dont beaucoup de ses compatriotes ont entouré cette assertion , Mathieu Kérékou  qui se préparait à  assumer  toute la  plénitude du pouvoir d’Etat a tenu à livrer  sa méthode  de gestion  d’un pays  ont la classe politique de l’époque  s’était fourvoyée  dans des combinaisons politiciennes  jamais connues ailleurs  en Afrique . Au regard de son parcours politique, on peut aujourd’hui affirmer que l’allégorie du caméléon utilisée  à  son avènement n’ pas été une simple figure de style pour Mathieu. Tout bon observateur de la nature  constate que le caméléon se déplace avec tac , un pas après l’autre  pour s’assurer que l’ emprise de sa patte sur la branche  est bien assurée avant de continuer son chemin . Démarche  prudente, caractérisée par la sagesse  et  la dignité dans la posture.   Aujourd’hui, c’est  pratiquement à l’unanimité que les Béninois reconnaissent que leur président défunt  a pu incarner ces qualités, en dépit de sérieuses difficultés de parcours qu’il a connues. Ce qui a permis qu’il a laissé à ses successeurs – en 1991 comme en 2006- un pays  en paix, où toutes les communautés sociolinguistiques vivent dans la concorde.

                                        Le rubicond idéologique

 Il y a eu ensuite le 30 Novembre 1974, moment difficile  pour assurer le maintien autour du GMR  de tous   les inspirateurs  du Discours-programme  en vue  d’amorcer les changements annoncés  deux années plus tôt. Le discours d’orientation nationale  que Mathieu Kérékou  présente ce jour à la place historique de Goho, à Abomey, se veut  une  clarification politique dans le débat qui agitait sérieusement  le monde des organisations démocratiques au sujet de la « vraie nature » de la révolution  annoncée  le 26 Octobre 1972. En proclamant  que «  le Socialisme scientifique est notre voie de développement » et «  le Marxisme-léninisme notre guide philosophique » Mathieu Kérékou franchissait   pratiquement le rubicond  idéologique que beaucoup de milieux craignaient –à l’intérieur comme à l’étranger- depuis  l’annonce  de la révolution.

 La suite des événements  montre que le choix idéologique  opéré ce 30 Novembre 1974 va être lourd de conséquences  sur les plans politique, économique, et même diplomatique même si aucune rupture  ne sera enregistrée avec  les principaux partenaires  du pays. Mais après plus d’une décennie de relations privilégiées avec la France  et l’Occident  considérés comme  les pôles  sûrs  de la richesse et de la prospérité, sans aucun résultat véritablement tangible pour le développement de son pays, Mathieu Kérékou  entendait  rompre  avec l’immobilisme dans tous les  domaines , et  ainsi ouvrir  d’autres perspectives  de développement pour ses concitoyens.  

 Les expériences qui ont découlé de ce choix idéologique  peuvent être aujourd’hui diversement appréciées  quant  aux résultats obtenus. Cependant,   la création d’unités de production comme la cimenterie d’Onigbolo, la Société sucrière de Savé avec des partenaires nigérians et de l’Europe du nord, entre autres, relève d’une vision volontariste du développement  qu’il fallait avoir le courage de mettre en œuvre  dans ces années  où les Etats africains  ne disposaient guère  de marge de manœuvre face au capitalisme triomphant. Mais c’est particulièrement dans le domaine  de la formation universitaire que cette politique d’ouverture du pays s’est avéré  prospective, quand on considère aujourd’hui  le nombre   de cadres  formés   dans les pays de l’ex bloc socialiste et qui assurent maintenant en grande majorité  le fonctionnement de l’administration.

                                              Rupture salvatrice

Il y a eu enfin, et surtout le 30 Novembre 1975  qui doit être considéré  comme  le point d’orgue des changements  des années Kérékou. Ce jour-là, c’est avec une surprise totale  que les populations  apprennent  au cours d’une manifestation publique  la  naissance de la République populaire du Bénin, et la création du Parti de la révolution populaire du Bénin.  De ces deux annonces, celle du changement de l’appellation  du pays   a sans doute produit le plus d’effet  aussi bien aux plans intérieur qu’étranger. Jusqu’à   l’énoncé du nouveau nom, rien ne laissait prévoir  que le régime en place  depuis trois années  et 45 jours  allait procéder  à  cette rupture radicale. Ce fut, sans doute, le secret le mieux gardé de ces années  d’effervescence populaire et de vigilance révolutionnaire.

 Il est significatif que  la Conférence nationale de Février 1990  qui a décidé de la réhabilitation de tous les symboles   de l’Etat du Dahomey –le drapeau, les armoiries  notamment- n’ait  pas jugé fondamental  de rétablir le nom attribué par le colonisateur  au pays crée après ses conquêtes territoriales du 19eme siècle.  On peut affirmer aujourd’hui que les rappels historiques, et l’analyse des  situations  conflictuelles  que créent entre les populations, le nom Dahomey, exposés le 30 Novembre 1975,   ont rencontré l’adhésion  des  participants, pour qui la République du Dahomey  devait  faire place à la République du Bénin.

 En réalité, à travers le discours du 30 Novembre 1975, Mathieu Kérékou  a  assumé une responsabilité historique  qui a consisté  a enfin  mettre l’accent  sur  une  des  causes   qui , d’une manière ou d’autre, est un facteur de blocage  dans l’instauration d’un climat  propice permanent pour cultiver le sentiment d’appartenance à la même communauté nationale, entre toutes les populations du Dahomey crée par le colonisateur pour célébrer sa victoire finale sur les résistances  à son entreprise de domination.

 « Cette dénomination coloniale  ne provient pas d’un choix interne ou d’une mutation qualitative dans le processus historique autodynamique de constitution d’un royaume ou d’un empire précolonial dans notre sous-région géographique. En fait, le nom Dahomey, de fabrication coloniale, n’est qu’une simple juxtaposition de plusieurs entités non encore intégrées en un ensemble politique homogène.

 … il s’agit tout simplement de donner un nouveau nom à notre pays, nouveau nom qui ne rappellera aucun contenu vexatoire parce que débarrassé de tout préjugé. » C’est ainsi que  Mathieu Kérékou présente  l’acte de naissance du Bénin. Si la République populaire est emportée  en 1990 par la dynamique de l’histoire, le nouveau nom   a été  définitivement adopté  pour pérenniser « une brillante civilisation authentiquement africaine  dans un  cadre géographique précis et dans des conditions historiques déterminées », afin de ne jamais disparaitre dans la mémoire des dignes peuples d’Afrique.

30 Novembre 1972- 30 Novembre 1974- 30 Novembre 1975 : trois dates, trois repères historiques  que les acteurs politiques  de l’époque désignent sous la terminologie  des trois glorieuses ; pour caractériser les mutations   à qui il reste aux  Béninois de faire la part des ombres et des lumières pour mieux s’approprier l’ histoire non seulement de plus d’un demi siècle d’indépendance, mais surtout de vingt-cinq années d’une expérience démocratique dont  Mathieu Kérékou a été un des piliers.   .                   

 

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