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Entretien avec le prof Yabi ibouraïma sur la récurrence des inondations « Outre la nature, les hommes y contribuent »

Entretien avec le  prof Yabi ibouraïma sur la récurrence des inondations « Outre la nature, les hommes y contribuent »

La communauté internationale célèbre le 13 octobre de chaque année la journée internationale de prévention des catastrophes naturelles. Pour coller à cette actualité, L’Autre Quotidien tente de comprendre la dynamique des inondations au Bénin. Pour l’essentiel, il ressort que l’occupation humaine se fait au mépris des états d’occupation du sol. Ce qui accroît les risques d’inondations. Explications du professeur Yabi Ibouraïma, géographe-climatologue, enseignant au Département de Géographie à la Flash-Uac.

L’Autre Quotidien : Professeur, une clarification, qu’est-ce qu’une catastrophe naturelle ?

 Yabi Ibouraïma : De façon générale, une catastrophe désigne les effets néfastes d’un événement naturel violent qui a des effets violents sur les hommes et sur la na- ture. Elle découle généralement de l’avènement d’un phénomène naturel plus ou moins prévisible mais qui a des effets néfastes du point de vue socio-économique et environnemental.

Quelles sont les catastrophes naturelles les plus connues au Bénin ?

Au Bénin, les catastrophes naturelles les plus connues sont celles liées aux phénomènes climatiques ou hydro-climatiques. «Climatiques» dans la mesure où de temps en temps, on enregistre de grosses pluies qui, suivant les contextes hydro-géographiques de chaque milieu peuvent engendrer des crises hydro-climatiques par- fois catastrophiques. En dehors des grosses pluies, nous avons les sécheresses sévères. Donc, le Bénin est exposé à deux catastrophes majeures forcement liées au climat : d’un côté les sécheresses et de l’autre, à l’inverse, les grosses pluies avec des effets hydrographiques pouvant engendrer des crises d’ordre hydro-climatiques notamment les inondations.

A-t-on vraiment connu de grandes sécheresses au Bénin ?

Oui, les années 1970 et 1980 ont été marquées par des sécheresses sévères ; ce sont les plus récentes. La littérature et des travaux en font cas. Des aînés qui étaient déjà assez âgés à l’époque rapportent que c’était des années très difficiles parce que les pluies avaient totalement diminué. Or, au Bénin, on sait que c’est l’agriculture qui est l’activité principale et elle reste pluviale. La raréfaction des pluies a eu des conséquences immédiates du point de vue de la production, sur les conditions de vie des populations, voire des incidences d’ordre politique des composantes environnementales notamment les cours et plans d’eau. Plus loin, les récits des archives précoloniales et coloniales indiquent qu’il y a aussi eu des sécheresses entre les années 1800 et 1920 à 1940.

Seulement que les pluviomètres n’étaient pas encore installés pour qu’on ait une idée de l’ampleur de ces phénomènes. Mais avec leur implantation depuis les années 1930, on s’est rendu compte qu’il y a des années très sèches qui arrivent suivant des périodes sans qu’on ait pu déterminer avec précision les périodicités.

Parlant des grandes pluies, est- ce naturelle la situation que vivent les régions de Karimama, Malanville et Cotonou à chaque saison des pluies ?

C’est de par leur situation géographique. Karimama et Malanville sont des communes qui bordent le fleuve Niger. Donc, quand le fleuve Niger et ses affluents qui sont la Soto, l’Alibori et la Mékrou débordent, ces localités sont affectées. Dès l’entame des pluies, tout ce système fluvial qui entraîne un débordement rapide des cours et plans d’eau. Le complexe Karimama-Malanville qui est situé dans la plaine inondable du fleuve Niger en subit immédiatement les revers. Malheureusement, l’installation humaine se fait plus présente. La concentration humaine s’accroît. Pire, les hommes ne respectent pas toujours les exutoires et lits d’eau et s’y installent.

Conséquence, au moindre débordement, les exploitations agricoles comme les habitations sont inondées. En ce qui concerne Cotonou, c’est une ville dont le niveau est très bas. Par endroit, le niveau topo- graphique est inférieur au niveau marin reconnu comme repère et qui est «zéro». C’est une ville emprisonnée par le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo. De ce fait, elle est exposée aux inondations pour deux raisons fondamentales.

 La première est due à la pluviométrie de Cotonou qui fait partie des points les plus pluvieux du Bénin. Les pics d’eau enregistrés dans le mois de juin concentrent près de 20% de la pluviométrie annuelle de la ville. En se référant au contexte pédologique qui fait que le sol est peu profond, l’infiltration est faible si bien qu’au cœur de la mousson (pluie qui arrivent courant mai - juin), la première inondation arrive. En outre, à partir de fin septembre, toutes les eaux du septentrion sont convoyées par le fleuve Ouémé via le lac Nokoué. Il faut noter qu’entre juillet et août, c’est le maximum pluviométrique au nord et au moyen Bénin. Donc toutes ces eaux, en dehors de celles qui sont infiltrées et évaporées, sont convoyées à Cotonou. Ce qui fait que Cotonou connaît la seconde inondation entre août et septembre. Donc, c’est la grande pluie de mai - juin et la position de Cotonou qui

en font le réceptacle des eaux du reste du pays. A cela s’ajoute évidemment l’occupation humaine qui n’est pas du tout contrôlée. Il faut insister là-dessus. La ville était déjà vulnérable. Mais si, au moins, les politiques d’occupation étaient respectueuses des zones rouges (dont les zones marécageuses) les conséquences seraient limitées. Malheureusement, les exutoires d’eau sont occupés ce qui fait qu’au moindre débordement, les habitations, les infrastructures sociocommunautaires et autres, sont immédiatement envahis. Donc, outre la nature, les hommes y contribuent.

Y-a-t-il une cartographie de la vulnérabilité du Bénin en matière d’inondation ?

Oui. Il y a au moins deux études en la matière. L’une réalisée par le Pnud et l’autre  par le laboratoire de climatologie où on a essayé de cartographier les communes en fonction de leur niveau de vulnérailité par rapport aux inondations. Evidemment les communes de Malanville, Karimama et Cotonou ont été identifiées comme « zones rouges », donc les plus exposées. Il est important de retenir que toute localité qui borde un important plan ou cours d’eau est naturellement vulnérable aux inondations parce qu’à tout moment, l’eau peut dé- border surtout pendant la crue. Le second principe c’est le niveau topographique, c’est-à-dire les états d’occupation du sol. Cela prend en compte la topographie, la pédologie et la géologie qui sont des facteurs pouvant amplifier ou atténuer les risques d’inondation.

Quel est l’impact des changements climatiques sur l’accentuation des inondations et est-ce qu’ils permettent de prévenir facilement les inondations ?

Les changements climatiques sont des perturbations pluviométriques qui se manifestent soit par des excès vraiment exceptionnels ou des déficits désastreux. Oui, ce sont des changements qui vont certainement augmenter notre vulnérabilité aux catastrophes parce que les débordements des pluies s’accompagnent des débordements des cours et plans d’eau ainsi que des inondations.  Si la pluie démarre avec beaucoup de retard ou s’il y a des poches de sécheresse, c’est sûr que les activités agricoles vont en souffrir. Parlant des inondations liées aux changements climatiques, je pense que c’est peut-être une opportunité pour nous au Bénin. Cela devrait nous amener à nous préparer davantage. Ce qui signifie qu’il faut travailler à prévenir. «Prévenir», c’est qu’il faut que la recherche fasse son travail  à travers  les universitaires, les laboratoires etc.  Les acteurs peuvent s’associer pour  conjuguer leurs efforts en vue de travailler à affiner les connaissances. Si les «connaissances sont affinées», il sera possible de faire une cartographie actualisée qui s’accorde un peu à la réalité et qui fait une hiérarchisation des communes en fonction de leur ni- veau de vulnérabilité, au cas où un phénomène pluviométrique catastrophique adviendrait. Mais aussi, il faut que les décideurs travaillent à l’aménagement du territoire.

« L’occupation rationnelle du sol règle le problème à près de 50% »

Il est évident que l’eau va toujours se frayer son chemin. L’homme est incapable de barrer la voie à l’eau. On peut construire sur les exutoires, dans un bas-fond, dans un domaine marécageux, … mais dès que l’eau arrive, elle va se frayer son chemin. Sinon, ce sont nos chambres, nos champs, les écoles ou les routes qui seront envahis. Donc, je pense qu’il vaut mieux qu’on occupe l’espace de façon rationnelle. Il y a quand même des principes : quand on sait que c’est une zone marécageuse, le minimum c’est de laisser et d’aller sur le plateau. Nos comportements ne rassurent pas de notre niveau de prise de conscience et de préparation à faire face à des catastrophes comme celle de 2010. Apparemment, 2010 ne nous a pas servi de leçon, du moins, du point de vue occupation du sol. Or c’est important parce que l’occupation rationnelle du sol règle le problème à près de 50% ; et çà, on peut le faire. La pluie, on ne peut rien contre : c’est la nature.

S. A

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