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Les scrutins à la place des armes : les élections en Afrique favorisent-elles une alternance au pouvoir ?

Les scrutins à la place des armes  : les élections en Afrique favorisent-elles une alternance au pouvoir ?

Pourquoi prendre la peine de voter ? Partout dans le monde, lorsque les électeurs vont aux urnes, c’est parce qu’ils ont l’occasion de choisir, parmi les candidats en lice, les dirigeants qui présideront aux destinées de leur pays pour les quatre à cinq prochaines années. Et ils s’attendent à ce que leur choix ait un certain impact sur leur vie quotidienne : les dirigeants performants contribueront à la croissance de l’économie, favoriseront la création d’emplois et amélioreront peut-être les services d’éducation ou de santé. Les dirigeants médiocres peuvent facilement conduire un pays au désastre économique ou à la violence civile… Mais les urnes sont-elles la manifestation réelle de l’expression de la volonté du peuple en Afrique ?  Radioscopie.

 

Par Giovanni Carbone : chercheur associé en Sciences politiques auprès de l’Università degli Studi di Milano et responsable du programme Afrique de l’Institut italien des études politiques internationales (IPSI)

 

Pendant longtemps, l’Afrique a fonctionné en grande partie sans élections multipartites. Peu de nations ont permis aux électeurs d’avoir leur mot à dire sur ceux qui doivent les gouverner, à l’exception notable du Botswana, qui a organisé régulièrement des élections depuis 1966 et récolté les fruits de cette situation en devenant l’une des économies les plus dynamiques du monde. Mais la plupart des dirigeants africains sont soit restés trop longtemps au pouvoir (au point de devenir, pour certains, inamovibles : Omar Bongo a dirigé le Gabon pendant 42 ans, un record ; Hastings Banda a régné sur le Malawi pendant 33 ans en tant que « président à vie » autoproclamé), soit ils ont été rapidement évincés par des soldats dans un des quatre-vingt-dix coups d’État militaires qui ont frappé la région subsaharienne depuis l’indépendance.

Toutefois, les électeurs africains éventuels ont commencé à faire entendre leur voix. Les réformes « démocratiques » qu’ils ont exigées et obtenues, au début et au milieu des années 1990, ont changé le paysage politique du continent. Des élections multipartites pour choisir le pouvoir exécutif (qu’il soit présidentiel ou, dans un régime parlementaire, législatif) se sont plusieurs fois tenues. À titre d’exemple, la Zambie les a introduites en 1991 et a, depuis lors, organisé six élections. Les pays comme le Mozambique, l’Éthiopie et le Bénin en ont organisé un total de cinq, le Cameroun, le Tchad et d’autres quatre, et ainsi de suite.

 

 Des parodies de démocraties ?

 

Mais les élections en Afrique ont-elles réellement représenté une meilleure chance pour les électeurs de choisir leurs dirigeants ? Ou bien étaient-elles une « parodie de démocratie » mise en place par des dirigeants autoritaires pour se maintenir au pouvoir, sans effets pratiques ? Le scepticisme règne souvent chez les analystes politiques et l’opinion publique en ce qui concerne les élections nationales en Afrique. Pourtant, d’après les chiffres, la dynamique de leadership a vraiment commencé à changer, au moins dans une certaine mesure.

Cependant, avant de passer aux chiffres, il s’avère important de noter qu’il existe deux principaux moyens par lesquels les élections peuvent favoriser l’alternance au pouvoir. L’un de ces moyens consiste tout simplement à fixer une date à laquelle un mandat électoral prend officiellement fin. En outre, de nombreux pays africains adoptent des dispositions constitutionnelles limitant le nombre de mandats présidentiels (généralement deux, comme le modèle américain). Grâce à ces limites, le pays peut avoir la certitude de ne pas voir ses dirigeants s’éterniser au pouvoir. Les partis au pouvoir prépareraient alors la « succession » en interne. En Tanzanie par exemple, le parti Chama Cha Mapinduzi a gouverné sans interruption dans un environnement multipartite, malgré le transfert du pouvoir d’Ali Hassan Mwinyi à Benjamin Mkapa en 1995, puis à Jakaya Kikwete en 2005 et enfin à John Magufuli en 2015. De même, le parti Frelimo au Mozambique a transmis le pouvoir de Joaquim Chissano à Armando Guebuza en 2005, puis à Filipe Nyusi en 2015. Les élections ont permis de planifier et de procéder à ces transferts de pouvoir sans heurts. La deuxième façon susceptible de favoriser l’alternance au pouvoir via les élections est la victoire de candidats de l’opposition lors d’un scrutin, soit en battant un président sortant, soit en remportant une élection à « siège vacant » (une élection où le président sortant ne se représente pas). C’est le cas par exemple en Zambie au moment de la « transition démocratique » (avec la défaite de Kenneth Kaunda en 1991), de Madagascar (où Didier Ratsiraka a perdu devant Albert Zafy en 1992) et de la République centrafricaine (Ange-Félix Patassé a battu André Kolingba en 1993). Mais ces situations sont également produites dans des pays qui n’en étaient pas à leur première en matière d’élection, à l’image du Sénégal ou Abdoulaye Wade est arrivé au pouvoir en 2000 (et l’a perdu en 2012, soit un nouvel exemple), du Kenya lorsque Mwai Kibaki a mis fin au règne de Kanu en 2002 et du Nigeria l’an dernier lorsque Muhammadu Buhari a arraché la présidence nigériane aux mains de Goodluck Jonathan.

 

Lecture des alternances en Afrique

 

Bien entendu, tous ces exemples nous sont familiers. Mais à quelle fréquence les élections sur le continent ont-elles permis d’écarter et de remplacer les dirigeants au pouvoir ? La plupart des élections en Afrique ont été remportées par les dirigeants en place (voir Figure 1). Dans de nombreux cas, il s’agissait d’autocrates au pouvoir avant les réformes des années 1990 qui, à présent, se disputent les mandats électoraux souvent en manipulant les scrutins. Toutefois, les dirigeants en exercice bénéficient généralement d’importants avantages électoraux dans d’autres parties du monde, pas seulement en Afrique. Par exemple, si les dirigeants africains en exercice ont remporté 129 des 174 élections auxquelles ils se sont présentés entre 1990 et 2015, soit environ 74,1 % de victoires, ce pourcentage est à peine supérieur à celle des États-Unis après 1945 : les présidents sortants américains ont remporté huit des onze scrutins (soit 72,7 %) dans lesquels ils sollicitaient un second mandat. Trois présidents n’ont pas réussi à décrocher un second mandat, en l’occurrence Gerald Ford, Jimmy Carter et George H.W. Bush.

En Afrique, il est aujourd’hui intéressant de constater l’augmentation considérable de la fréquence des successions et alternances électorales. Avant 1990, les pays d’Afrique subsaharienne n’ont enregistré que six successions électorales (c’est-à-dire des transmissions de pouvoir entre dirigeants d’un même parti) et trois alternances électorales, à savoir l’Île Maurice en 1982, la Sierra Leone en 1967 et la Somalie en 1967. Dans les deux derniers cas, les dirigeants élus ont ensuite été chassés du pouvoir par les soldats et le multipartisme aboli. Les années après 1990 ont vu jusqu’à 37 successions électorales et 40 alternances. Dans la seule période 2011-2015, les candidats de l’opposition ont vaincu les partis au pouvoir et ont accédé au pouvoir à 9 reprises (de feu Michael Sata en Zambie à Macky Sall au Sénégal, de Peter Mutharika au Malawi à Muhammadu Buhari au Nigeria. Si cette tendance se poursuit au cours des prochaines années, l’Afrique atteindra un nombre record d’alternances électorales en l’espace d’une seule décennie. La bouteille démocratique de l’Afrique peut certes être à moitié vide, mais elle est aussi à moitié pleine.

 

NB : Les intertitres sont de la rédaction de L’Autre Quotidien

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