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Difficultés de l’école au Bénin : le quartier latin loin de retrouver ses lettres de noblesse

Difficultés de l’école au Bénin : le quartier latin loin de retrouver ses lettres de noblesse

Au Bénin, les problèmes récurrents de l’école n’existent pas que dans les contrées reculées du pays. A Cotonou, au cœur de la ville, se trouvent des écoles publiques avec un cadre physique apparemment confortable mais vivant des difficultés qui amènent à s’interroger sur l’avenir de l’éducation. Une descente au mois de Mars, à l’école primaire publique de Houéyiho, a révélé au grand jour le malaise que vit l’école béninoise et qui affecte la qualité de l’éducation.

Béatrice KOUMENOUGBO

09h du matin au mois de Mars 2016, nous sommes à l’école primaire publique de Houéyiho. Composée de trois groupes pédagogiques, cette école primaire relativement grande dont toutes les salles de classes sont construites en matériaux définitifs, présente une cour bien propre. Un aspect physique qui contraste avec les difficultés et problématiques auxquelles font face directeurs et enseignants de cette école primaire. En tête de liste, la question du retard des subventions octroyées par l’Etat aux écoles depuis l’application de la mesure de la gratuité. Selon le directeur du groupe A, Victorien Houessou, alors que la rentrée scolaire démarre en Octobre, les subventions n’arrivent qu’au mois de Mars ou de Mai. En attendant, le directeur d’école se débrouille pour acquérir les matériels de travail et didactique. D’après ses explications, le retard des subventions a beaucoup d’inconvénients sur le déroulement des activités et des effets collatéraux sur le niveau des apprenants. A ce problème, s’ajoute celui récurrent de pénurie d’enseignants.

Le groupe A dont victorien Houessou a la charge dispose de 4 enseignants au lieu de 6. Il explique comment il gère cette insuffisance d’enseignants: « On essaie de recruter les jeunes en fin de formation dans les écoles normales, et cela devient un problème pour le directeur lorsqu’il ne trouve pas ceux-là qui ont des diplômes professionnels et ont effectué des stages dans les écoles, il se voit obliger de recruter des personnes qui n’ont que le niveau du Certificat d’étude primaire ou du Brevet d’étude du premier cycle et les forme sur le tas. Cette  situation a un impact négatif sur la qualité de l’enseignement car ces derniers n’ayant pas été formés dans les écoles normales n’ont pas les pré-requis en pédagogie et en  psychologie de l’enfant… ». Sa collègue directrice, Agbangba Lydia, en charge du Groupe C fait face également à la problématique de pénurie d’enseignants. Mais son cas est davantage déplorable. Cette directrice a confié  comment elle est restée deux à trois mois sans enseignant pour six classes. « J’ai dû m’occuper seule des six classes et comme ce n’était pas tenable, je sollicitais des aides raconte-t-elle avec désolation.

« En attendant, j’ai commencé par recruter des jeunes qui sont en fin de formation dans les écoles normales et ont déjà une expérience grâce à leur stage dans les écoles. Mais la difficulté était leur payement étant donné que les subventions ne sont pas encore envoyées. Les parents d’élèves au cours d’une assemblée générale ont promis de souscrire 1000 Fcfa chacun mais n’ont pas tenu leur promesse par la suite. La conséquence est que certaines classes sont restées sans maître pendant 2 mois » raconte-elle d’une voix triste. Une autre difficulté à laquelle cette directrice est confrontée est celle des enfants qui viennent à l’école les mains vides sans sac, ni stylo, et ardoise, autrement, sans fournitures scolaires. « Quand on a dit que l’école était gratuite, les parents envoient les enfants à l’école sans le minimum. Oubliant que quand on a parlé de gratuité, il faut quand même acheter les fournitures scolaires. Les parents envoient les enfants à l’école pensant que c’est l’école qui va leur donner les fournitures. Nous avons des cas de vidomègons (enfants placés servant de domestique dans les foyers) qui se retrouvent dans cette situation. Et lorsqu’on appelle les tuteurs et tutrices, ils ne se présentent pas» témoigne la directrice Agbangba Lydia. Outre cette colline de problèmes posés par les premiers responsables, l’école primaire publique de Houéyiho à l’instar des autres, n’échappe pas au récurrent problème de la baisse de niveau des enfants, un indicateur de la déliquescence de la performance du système éducatif béninois. Les responsables et enseignants rencontrés se prononcent sur la qualité de l’enseignement dans leur école et dans le système éducatif en général.

La qualité de l’éducation en berne dans les écoles

« Le niveau est très faible. Surtout en français. La majorité des écoliers que j’enseigne ne savent pas lire. On est obligé de prendre les syllabaires du CI (Cours d’initiation) ou du CP (Cours préparatoire) et cela nous retarde. Imaginez des enfants en classe de Cm1 (Cours moyen première année), Cm2 (Cours moyen deuxième année) qui ne savent pas lire» raconte avec amertume, Euloge Houéssinon, enseignant à l’école primaire publique de Houéyiho. Le directeur du groupe A, victorien Houessou semble confirmer ses déclarations. De même que la directrice du groupe c. « En tant qu’acteur, aujourd’hui je peux dire que le niveau est bas » affirme Victorien Houessou. « Le constat est que les enfants n’ont plus le niveau, ils n’arrivent pas à s’exprimer, ni à écrire », confirme la directrice du groupe C, Agbangba Lydia.

Plusieurs raisons expliquent cette baisse de niveau des apprenants qui reste un constat global dans le système éducatif en général, du cycle primaire à l’Université en passant par le secondaire selon la remarque de l’instituteur Kpamégan Félix. Cet instituteur à l’école Houéyiho, en partance pour la retraite incrimine principalement le programme scolaire en vigueur au primaire et au secondaire. Il s’agit de l’approche par compétences « entre temps, nous ne passons pas les enfants avec les seuils de réussite. Il faut avoir la moyenne d’abord avant de passer en classe supérieure. Or actuellement, les enfants passent avec des moyennes faibles, en raison des exigences de l’approche par compétences » explique Kpamégan Félix. Pour cet enseignant qui totalise 35 ans de service, il faut retourner au Programme intermédiaire. L’Apc à son avis a un impact plus négatif que positif sur le niveau des apprenants. Son collègue plus jeune partage cet avis et cite des exemples pour étayer son argumentaire. « C’est un programme dense. Lorsque je prends le cas d’une matière comme la mathématique, au Cours d’initiation (CI), nous enseignons déjà aux enfants les notions de  comparaison, de proportionnalité. A partir du CM2, nous leur enseignons déjà les fractions.

C’est négatif, parce que nous n’avons pas les matériels. Les enfants ne disposent pas des livres, ni des manuels scolaires. Beaucoup de corrections ont été apportées, mais il faut que les inspecteurs ou les pédagogues conçoivent des guides pour aider les enseignants à préparer les cours et leurs fiches. Il faut associer l’ancien programme à l’Approche par compétences » propose-t-il. Outre l’approche par compétences, programme en vigueur dans le système éducatif, qui enregistre des positions controversées, la formation des enseignants est également citée comme cause de la baisse de niveau des apprenants. Le défaut de formation des enseignants ou le manque de formation continue sont évoquées. Lydia Agbangba explique qu’autrefois il y avait la formation initiale, la formation continue et le recyclage mais la seule formation qui existe actuellement, se fait au niveau des Unités Pédagogiques et « cela ne suffit pas » a-t-elle affirmé. Le directeur du groupe A, Houessou Victorien insiste également sur  la formation continue des enseignants. Il souligne par ailleurs le manque de suivi des apprenants par les parents. A son avis, il s’observe de plus en plus une démission déconcertante des parents d’élève. Ces difficultés décriées, pour certaines récurrentes, pour d’autres émergentes en raison des décisions politiques mal réfléchies prises dans l’éducation ces dernières années suscitent une question fondamentale. Comment le Bénin sortira-t-il son système éducatif de l’abîme ?

Les répétiteurs dans les écoles primaires, un secours pour les directeurs d’école

Les répétiteurs sont ordinairement connus comme ceux là qui aident les apprenants à domicile dans la compréhension des cours et la résolution des exercices. Mais dans les écoles primaires, il existe également des répétiteurs. Nous l’avons découvert à l’école Houéyiho. Les répétiteurs sont des aides  à qui font appellent les directeurs d’école pour pallier l’insuffisance d’enseignants ou organiser des Travaux dirigés pendant le Week-end, en vue de renforcer le niveau des apprenants. Les directeurs interrogés à l’école primaire publique de Houéyiho ont tous évoqué le recours aux répétiteurs et expliqué la difficulté à les payer en raison de l’envoie tardif des subventions dans les écoles par l’Etat central. « Les répétiteurs, ce sont ces personnes là qui apportent leur contribution au déroulement des cours dans les écoles. En ce qui me concerne, j’ai fait l’école normale, j’ai terminé et l’Etat ne recrute pas. Le nombre d’enseignants recruté reste très insuffisant ».

Ce sont les propos de Euloge Houéssinon, enseignant ayant le titre de répétiteur à l’école primaire publique Houéyiho. Il explique également comment se fait le payement des répétiteurs. « Le payement dépend du directeur et de votre diplôme. Pour ce qui est de mon cas, je suis titulaire d’une licence en Sciences de l’éducation et diplômé de l’école normale » a-t-il renseigné. Le salaire réel pour des répétiteurs de son niveau est d’environ 40.000Fcfa a-t-il confié. Selon Arold Azamanssou, répétiteur, payé sur la base des Travaux dirigés organisés par l’école, le répétiteur intervient à plein temps dans la salle de classe, il suit le déroulement des cours, évalue les insuffisances des apprenants pour savoir comment renforcer leur niveau. Certains répétiteurs dirigent les travaux dirigés, d’autres sont recrutés pour diriger les cours dans les  classes. A son avis, il est nécessaire que l’Etat recrute des enseignants qualifiés dans le système éducatif pour relever sa performance.  

 

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