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Immigration clandestine : la réalité que personne ne veut voir

Immigration clandestine : la réalité que personne ne veut voir

Pour avoir été, avec l’économie, les thèmes centraux de la campagne pour le Brexit, l’immigration clandestine et la gestion des flux migratoires par Bruxelles ont eu un impact  prépondérant sur le récent choix du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne. Cette option n’est pas sans rappeler l’hostilité de certains pays de l’Union européenne à accueillir des réfugiés sur leur sol et pose  ainsi la question d’une réorientation de la lutte contre la migration clandestine. Pour ce faire, un état des lieux s’impose. L’Autre Quotidien s’est attelé à la tâche en ciblant les quatre acteurs majeurs de toute migration clandestine : ce que chacun d’eux y gagne ou perd économiquement  et financièrement d’une part, humainement  et socialement d’autre part.

 

Noël KPATINDE

 

Au commencement, il y a le pays de départ ; un pays en état critique économiquement, socialement ou politiquement,  eu égard au respect des droits humains et  dont les populations végètent dans la précarité. Puis, un candidat au départ de ce pays, une personne en quête du mieux-vivre. « Les candidats à l’immigration clandestine peuvent être perçus comme des gens désespérés, mais on peut tout aussi imaginer qu’il s’agit de personnes pleines d’espoir », explique au site irinnews, Papa Demba Fall, un expert sénégalais en analyse des flux migratoires.Vient ensuite le passeur, chef d’orchestre d’un réseau criminel, spécialisé dans le passage clandestin des frontières ou la traite humaine. A l’autre bout de la chaîne, se trouve enfin le pays d’accueil, l’eldorado pour l’immigrant clandestin.

 

A qui profite le crime ?

 

Des enquêtes réalisées auprès de plusieurs migrants clandestins ayant  révélé que leur principale motivation est d’ordre économique, il est attendu de la migration irrégulière qu’elle apporte une certaine autonomie financière au migrant et qu’il en fasse profiter sa communauté restée au pays.

« Ce qui est incontestable, c’est qu’ils [les immigrés clandestins, Ndr] gagnent de l’argent. En effet, d’après un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI), les transferts de fonds réalisés par les émigrés [sénégalais ; Ndr] au bénéfice de leurs familles représentent près de 15 pour cent du PIB – produit intérieur brut – du Sénégal », note déjà en 1999 le site irinnews.org qui cite Laurent de Boeck, représentant régional de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) : «Très peu de mesures sont prises pour arrêter l’immigration irrégulière parce qu’elle génère bien plus de fonds que l’aide au développement ».

Ici, peut-être, se trouve un début d’explication au peu d’empressement des pouvoirs publics en Afrique à engager une véritable lutte contre l’immigration clandestine en Europe. Quel intérêt y ont-ils en effet, dès lors qu’un candidat à l’émigration clandestine est un chômeur en moins et  qu’il y a l’espoir d’entrée de devises quelques années plus tard.

« En définitive, les pays africains gagnent sur tous les plans. Ils ne voient pas d’un mauvais œil le fait que des milliers de jeunes sans emploi cherchent à quitter le pays, et maintenant ils négocient une augmentation de l’aide au développement » expliquait M. de Boeckà irinnews.org.

Ainsi, vue sous l’angle, purement économique, au contraire des pays africains de départ, des migrants eux-mêmes et des réseaux de passeurs, l’Europe a tout à craindre de la persistance de l’immigration clandestine qui l’assaille. Il est clair que vu sous angle, on voit à qui profite le crime de naufrage de milliers de jeunes et d’enfants en mer méditerranée, aux portes de l’eldorado.

 

En-deçà de toute humanité (l’esclavage moderne)

 

Dans son rapport : « Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine », la commission d’enquête n° 300 du Senat français relevait en 2006 :

« Les conditions de vie des étrangers en situation irrégulière demeurent difficiles même lorsqu'ils sont parvenus à pénétrer sur le territoire national. Comme le notait la Cour des comptes en 2004 : « privés de certains droits essentiels et en particulier de celui de travailler régulièrement, les étrangers en situation irrégulière sont exposés, selon les cas, à l'exploitation par des employeurs clandestins dépourvus de scrupules, à l'obligation de s'adonner à des activités lucratives mais illégales (souvent délictuelles, parfois criminelles), ou à la plus désespérante précarité ».

N'étant pas autorisés à exercer une activité salariée régulière, ils constituent en effet un public privilégié pour les employeurs de travailleurs illégaux.

Leur défaut de titre de séjour les place dans une situation de totale dépendance : ils ne peuvent alerter les autorités pour protester contre des conditions indignes puisqu'ils seraient alors menacés d'expulsion.

Cette dépendance est parfois aggravée par l'obligation dans laquelle ils se trouvent de devoir rembourser la dette qu'ils ont contractée pour financer leur voyage. (…) les étrangers entrés illégalement en France par l'intermédiaire de filières (sont) confrontés aux « pratiques les plus détestables et les plus condamnables ». Ils sont en effet plus souvent victimes des infractions « connexes » au travail illégal, telles que les « atteintes à la dignité humaine » et les « conditions de travail et d'hébergement indignes ».

Les conditions de logement en milieu urbain ne sont pas toujours plus satisfaisantes.

Des « marchands de sommeil » louent, à prix d'or, des logements exigus et dégradés à des étrangers en situation irrégulière, en tirant parti de l'incapacité dans laquelle ils se trouvent d'accéder au logement social (soumis à une condition de régularité du séjour) et de leur difficulté à accéder au parc privé, pour des raisons financières.

(…) Les clandestins qui ne sont pas impliqués dans le travail illégal sont parfois exploités par des réseaux criminels. »

Cette réalité qui a fait dire à Nicolas Sarkozy, alors ministre français de l’intérieur que : « L'immigration clandestine, c'est la possibilité d'un esclavage en France » subsiste dix ans plus tard.

 

En encourageant de façon tacite l’immigration clandestine, les pays de départ des migrants cautionnent un esclavage moderne de leurs propres ressortissants. Ainsi, ils portent, pour une grande part, la responsabilité morale des drames dits de « l’immigration clandestine » avec des milliers de clandestins morts au cours de la traversée de la Méditerranée. « Je trouve déplorable par exemple que l'Union Africaine ne puisse pas présenter des propositions concrètes. L'Europe a ses responsabilités mais les pays d'origine des migrants (Afrique, Moyen-Orient) ont aussi leurs responsabilités. Il faut qu'on se mette en tête que tant que l'on n'aura pas la possibilité de sceller des accords avec ces pays et d'affronter les causes, ce sera difficile de trouver une solution', déclarait en 2015 Cécile Kyenge, députée européenne et ancienne ministre à l'intégration en Italie.

 

Nouvelle redistribution des rôles

Au final, la migration clandestine ne profite véritablement qu’aux réseaux de passeurs qui n’ont que faire de l’aspect moral de la question. Comme on ne peut exiger des pays de départ qu’ils retiennent les candidats à l’émigration non régulière, il est impératif pour l’Union européenne de changer de politique et d’impliquer de nouveaux partenaires en Afrique dans cette lutte. Les collectivités locales, les organisations non-gouvernementales, la société civile et les organisations de la jeunesse peuvent être directement associés, au même titre que l’Etat central, dans l’administration des programmes d’aide au développement financés par l’Union européenne, dans le cadre des politiques financées pour faire face au nouveau phénomène migratoire.

 

 

© Cet article a été réalisé dans le cadre du Projet éditorial soutenu par VITA/Italie et associant 25 médias africains dont L’Autre Quotidien du Bénin

Immigration clandestine

 

La réalité que personne ne veut voir

 

Pour avoir été, avec l’économie, les thèmes centraux de la campagne pour le Brexit, l’immigration clandestine et la gestion des flux migratoires par Bruxelles ont eu un impact  prépondérant sur le récent choix du Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne. Cette option n’est pas sans rappeler l’hostilité de certains pays de l’Union européenne à accueillir des réfugiés sur leur sol et pose  ainsi la question d’une réorientation de la lutte contre la migration clandestine. Pour ce faire, un état des lieux s’impose. L’Autre Quotidien s’est attelé à la tâche en ciblant les quatre acteurs majeurs de toute migration clandestine : ce que chacun d’eux y gagne ou perd économiquement  et financièrement d’une part, humainement  et socialement d’autre part.

 

Noël KPATINDE

Photo : lampedusa

Légendes : La solution se trouve aussi dans les pays de départ, mais avec d’autres partenaires non étatiques

 

Au commencement, il y a le pays de départ ; un pays en état critique économiquement, socialement ou politiquement,  eu égard au respect des droits humains et  dont les populations végètent dans la précarité. Puis, un candidat au départ de ce pays, une personne en quête du mieux-vivre. « Les candidats à l’immigration clandestine peuvent être perçus comme des gens désespérés, mais on peut tout aussi imaginer qu’il s’agit de personnes pleines d’espoir », explique au site irinnews, Papa Demba Fall, un expert sénégalais en analyse des flux migratoires.Vient ensuite le passeur, chef d’orchestre d’un réseau criminel, spécialisé dans le passage clandestin des frontières ou la traite humaine. A l’autre bout de la chaîne, se trouve enfin le pays d’accueil, l’eldorado pour l’immigrant clandestin.

 

A qui profite le crime ?

 

Des enquêtes réalisées auprès de plusieurs migrants clandestins ayant  révélé que leur principale motivation est d’ordre économique, il est attendu de la migration irrégulière qu’elle apporte une certaine autonomie financière au migrant et qu’il en fasse profiter sa communauté restée au pays.

« Ce qui est incontestable, c’est qu’ils [les immigrés clandestins, Ndr] gagnent de l’argent. En effet, d’après un récent rapport du Fonds monétaire international (FMI), les transferts de fonds réalisés par les émigrés [sénégalais ; Ndr] au bénéfice de leurs familles représentent près de 15 pour cent du PIB – produit intérieur brut – du Sénégal », note déjà en 1999 le site irinnews.org qui cite Laurent de Boeck, représentant régional de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) : «Très peu de mesures sont prises pour arrêter l’immigration irrégulière parce qu’elle génère bien plus de fonds que l’aide au développement ».

Ici, peut-être, se trouve un début d’explication au peu d’empressement des pouvoirs publics en Afrique à engager une véritable lutte contre l’immigration clandestine en Europe. Quel intérêt y ont-ils en effet, dès lors qu’un candidat à l’émigration clandestine est un chômeur en moins et  qu’il y a l’espoir d’entrée de devises quelques années plus tard.

« En définitive, les pays africains gagnent sur tous les plans. Ils ne voient pas d’un mauvais œil le fait que des milliers de jeunes sans emploi cherchent à quitter le pays, et maintenant ils négocient une augmentation de l’aide au développement » expliquait M. de Boeckà irinnews.org.

Ainsi, vue sous l’angle, purement économique, au contraire des pays africains de départ, des migrants eux-mêmes et des réseaux de passeurs, l’Europe a tout à craindre de la persistance de l’immigration clandestine qui l’assaille. Il est clair que vu sous angle, on voit à qui profite le crime de naufrage de milliers de jeunes et d’enfants en mer méditerranée, aux portes de l’eldorado.

 

En-deçà de toute humanité (l’esclavage moderne)

 

Dans son rapport : « Immigration clandestine : une réalité inacceptable, une réponse ferme, juste et humaine », la commission d’enquête n° 300 du Senat français relevait en 2006 :

« Les conditions de vie des étrangers en situation irrégulière demeurent difficiles même lorsqu'ils sont parvenus à pénétrer sur le territoire national. Comme le notait la Cour des comptes en 2004 : « privés de certains droits essentiels et en particulier de celui de travailler régulièrement, les étrangers en situation irrégulière sont exposés, selon les cas, à l'exploitation par des employeurs clandestins dépourvus de scrupules, à l'obligation de s'adonner à des activités lucratives mais illégales (souvent délictuelles, parfois criminelles), ou à la plus désespérante précarité ».

N'étant pas autorisés à exercer une activité salariée régulière, ils constituent en effet un public privilégié pour les employeurs de travailleurs illégaux.

Leur défaut de titre de séjour les place dans une situation de totale dépendance : ils ne peuvent alerter les autorités pour protester contre des conditions indignes puisqu'ils seraient alors menacés d'expulsion.

Cette dépendance est parfois aggravée par l'obligation dans laquelle ils se trouvent de devoir rembourser la dette qu'ils ont contractée pour financer leur voyage. (…) les étrangers entrés illégalement en France par l'intermédiaire de filières (sont) confrontés aux « pratiques les plus détestables et les plus condamnables ». Ils sont en effet plus souvent victimes des infractions « connexes » au travail illégal, telles que les « atteintes à la dignité humaine » et les « conditions de travail et d'hébergement indignes ».

Les conditions de logement en milieu urbain ne sont pas toujours plus satisfaisantes.

Des « marchands de sommeil » louent, à prix d'or, des logements exigus et dégradés à des étrangers en situation irrégulière, en tirant parti de l'incapacité dans laquelle ils se trouvent d'accéder au logement social (soumis à une condition de régularité du séjour) et de leur difficulté à accéder au parc privé, pour des raisons financières.

(…) Les clandestins qui ne sont pas impliqués dans le travail illégal sont parfois exploités par des réseaux criminels. »

Cette réalité qui a fait dire à Nicolas Sarkozy, alors ministre français de l’intérieur que : « L'immigration clandestine, c'est la possibilité d'un esclavage en France » subsiste dix ans plus tard.

 

En encourageant de façon tacite l’immigration clandestine, les pays de départ des migrants cautionnent un esclavage moderne de leurs propres ressortissants. Ainsi, ils portent, pour une grande part, la responsabilité morale des drames dits de « l’immigration clandestine » avec des milliers de clandestins morts au cours de la traversée de la Méditerranée. « Je trouve déplorable par exemple que l'Union Africaine ne puisse pas présenter des propositions concrètes. L'Europe a ses responsabilités mais les pays d'origine des migrants (Afrique, Moyen-Orient) ont aussi leurs responsabilités. Il faut qu'on se mette en tête que tant que l'on n'aura pas la possibilité de sceller des accords avec ces pays et d'affronter les causes, ce sera difficile de trouver une solution', déclarait en 2015 Cécile Kyenge, députée européenne et ancienne ministre à l'intégration en Italie.

 

Nouvelle redistribution des rôles

Au final, la migration clandestine ne profite véritablement qu’aux réseaux de passeurs qui n’ont que faire de l’aspect moral de la question. Comme on ne peut exiger des pays de départ qu’ils retiennent les candidats à l’émigration non régulière, il est impératif pour l’Union européenne de changer de politique et d’impliquer de nouveaux partenaires en Afrique dans cette lutte. Les collectivités locales, les organisations non-gouvernementales, la société civile et les organisations de la jeunesse peuvent être directement associés, au même titre que l’Etat central, dans l’administration des programmes d’aide au développement financés par l’Union européenne, dans le cadre des politiques financées pour faire face au nouveau phénomène migratoire.

 

© Cet article a été réalisé dans le cadre du Projet éditorial soutenu par VITA/Italie et associant 25 médias africains dont L’Autre Quotidien du Bénin

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